
À ma famille - bien vivante du vingt et unième siècle - et….
À tous mes aïeux qui, étant nés sans "nom" ni fortune, sont oubliés des livres d'histoire. Tous sont porteurs du même message d'espoir : vivre, non pas pour survivre mais vivre pour que chacun apporte sa pierre à l'édifice de ce très long voyage que l'on nomme la vie.
*****************
Installez-vous confortablement, nous allons partir pour ce merveilleux voyage qu'est l'histoire. Non pas celle des rois ou autres illustres personnages, mais celle de nos ancêtres; ces "sans-le-sou", "traîne-misère", "crève-la-faim"; pauvres bougres qui tentaient de survivre en arrachant à la terre leur repas quotidien.
Il faut pour cela remonter le temps, traverser les siècles, revivre tous les grands ou malheureux moments de l’Histoire et de celle des gens de qui nous descendons : les guerres, les famines, les épidémies, la grande Révolution, l’ère napoléonienne, l’horreur de la guerre de 14 ! Mais tout autant leurs joies, leurs aventures, les péripéties de leur existence et leurs amours oubliés... Mais tout n’est pas si simple. La généalogie des familles roturières ne saurait remonter plus loin que le XIIIe siècle, le patronyme n’existant pas. Les divers registres existants, les actes notariés ne se généralisent qu’au début du XVIe siècle sur la demande de François 1er. Il est donc permis d’espérer trouver nos ancêtres jusqu'à cette date, et cela peut en représenter plus de mille !
*****************
Pour arriver à ce résultat, il faut passer des années dans des Archives Départementales à consulter les registres d’état-civil, les recensements, les archives militaires, les actes notariés et quantité d’autres documents, sources d’informations précieuses, pour tout généalogiste. Il est nécessaire également de s'armer de patience pour décrypter des actes, rendus illisibles par le temps - humidité, mauvaise qualité d'encre etc. - ou incompréhensibles à compter de 1792 par le manque d'instruction de rédacteurs le plus souvent non qualifiés pour cet emploi.
Place à un moment d'introspection…
Revenons pour cela quelques années en arrière....
Cette époque me semble bien lointaine. Mes premiers souvenirs remontent à la maternelle. Dois-je évoquer l’enfant que j’étais ? Indisciplinée, coléreuse, capricieuse mais attachante, disait-on. Curieuse par nature, l’univers scolaire me semblait trop étroit, ma soif de connaissances n’était pas en adéquation avec le programme de l’Education Nationale. Mes parents, désolés comme peuvent l’être les parents dont les enfants ne répondent pas à leurs attentes, ont opté pour une rentrée dans le privé. Je me suis révoltée contre l’instruction catholique et leur manque de tolérance.
Combien de fois ai-je lu au bas de mon bulletin scolaire : «A le potentiel pour y arriver mais ne fait aucun effort» . J’abhorrais la rédaction, la lecture, les mathématiques; Ajoutez à cela une dose d’anglais, quelques pincées d’Histoire, de Géographie et Sciences Naturelles, vous obtenez... un programme bâclé. Lire, écrire, compter, étaient, je le pensais alors, largement suffisant. Les années passant, j’ai poursuivi mes études de façon chaotique et ce, jusqu'à ce que les évènements de la vie me pousse à arrêter celles-ci pour me lancer dans le monde du travail.
Je regrette aujourd’hui d’avoir brûlé les étapes, de n’avoir pas eu la patience d’attendre. J’aurais du comprendre que le Savoir est un bienfait qui s’acquiert pas à pas.
Sotte enfant, sans plus de cervelle qu’un moineau ! Pourquoi n’as-tu pas compris que ces gens qui tentaient de t’inculquer leurs savoirs, t’offraient les clés de la Connaissance...Tu n’as pas voulu saisir cette chance, j’insiste bien sur le terme «voulu» car pendant des années tu as tenté de te persuader que tu n’avais pas eu d’autre solution que de mettre fin à ta scolarité. Cette chance que tu veux saisir aujourd’hui, par le biais de tes recherches et la rédaction de cet ouvrage sont tes exutoires ; elles te donne la possibilité de te réconcilier avec toi-même, tu en rêvais depuis des années sans jamais oser te l’avouer. Accroche-toi petite fille rebelle, le temps de la Tempérance est là depuis quelques années déjà ; tu dois maintenant réussir, là où tu as échoué il y a bien longtemps…
Quelques années plus tard, le spectre de la mort tenta de m'attirer vers ses limbes; je pris soudain conscience qu’après mon départ, plus rien ne subsisterait et qu'il fallait me battre pour laisser une trace de mon passage. L’idée de partir à la recherche de mes ancêtres s’imposa à moi. Je pouvais ainsi, sans aucun narcissisme, inscrire mon nom, au sein d’une longue lignée. Je n’étais plus seule. Je rejoignais mes grands-parents, mes arrières grands-parents et les parents de ceux-ci.... Un matin, j’ouvris donc un cahier d’écolier et commençais par noter les quelques renseignements que je possédais sur mes aïeux. Cela se résumait à quelques dates de naissance, de mariage et de décès. Ces renseignements me permirent d’accéder à une branche supérieure, de ce qui était déjà, mon arbre généalogique.
*****************
La généalogie familiale ne se résume pas à l’accumulation de dates, c’est un merveilleux voyage au cœur de l’Histoire, un voyage sans guide touristique, sans dictionnaire linguistique du pays visité, une immersion dans le cadre culturel et social dans lequel vivaient nos ancêtres. Il nous faut oublier notre liberté d’esprit, notre esprit critique... Oublier notre habitude de distinguer vie privée et vie publique, nos critères de valeur et de confort. Tout jugement ne peut qu’être anachronique : nos ancêtres ne pensaient pas comme nous, ne ressentaient pas comme nous . Pour aborder l’état d’esprit de l’époque, il est nécessaire d’avoir quelques points de repères caractéristiques du contexte social, économique, culturel et religieux, à garder en toile de fond . Il s’agit principalement des contraintes naturelles, économiques, des normes culturelles, affectives et sociales, des rites et coutumes, des croyances.
Elle vous rapporte ses anecdotes sur un village mais également des statistiques sur l’ évolution démographique. De bonnes notions de paléographie moderne, d’étymologie des patronymes et des métiers, pour beaucoup disparus aujourd’hui.









L'expression de la réprobation n'est pas systématique et dépend, entre autres, du statut social des promis. Non seulement les jeunes sanctionnent les mariages mal assortis mais aussi tous les délits contre la loi matrimoniale, l'autorité et l'honneur de l'époux : le mari battu par sa femme, le mari trompé et passif. Tout mari soumis par sa femme est rappelé à «l'ordre» social par le groupe des jeunes, qui a le droit de juger le délit d'adultère ou les délits sexuels, et constitue une sorte de police morale du village.
La réprobation s'exprime diversement par des usages plus ou moins odieux. Le simple déviant, montré du doigt, moqué, brimé, soumis au ridicule et au jugement collectif, peut être exclu ou banni. Le mari «trompé, battu et content» est sanctionné par la «chevauchée des cocus» ou «cortège des ânes» : l'homme, placé à l'envers de l'âne, promené à travers le village, parfois nu, est livré à la risée des dames. En cas d'adultère, on trace, pendant la nuit, un chemin de paille entre les deux maisons de ceux que l'on suppose fautifs.
Le groupe juvénile reste fondamental pour exclure des déviants et maintenir la cohésion de la communauté.
*****************
Rites et croyances.
Tout ce que nos ancêtres ne peuvent expliquer, reste du domaine des diables et des démons, telles les comètes.
La peur est le sentiment le plus répandu. La courte durée de vie, sa fragilité devant les accidents ou les «fléaux de Dieu» (guerre, famine, peste), le climat général d'insécurité, engendrent un état d'esprit d'homme traqué. Peur des revenants, des ténèbres, de Satan, du sorcier, de l'au-delà, de l'enfer, de la guerre, de la faim, de la peste, de l'autorité, de l'étranger, du nouveau et de l'inconnu en général. L'idéal du paysan est stabilité. Le changement est suspect; l'ancien est toujours meilleur. La nature constitue un univers hostile où de nombreux éléments demeurent encore inconnus.
La foi de nos ancêtres, ignorants de notre science, s'ancre dans des croyances anciennes. Ils raisonnent souvent selon des modalités pré-cartésiennes. Le ciel, météorologique et théologique, est un seul et même concept. Les orages sont interprétés en fonction d'intentions divines supposées, par exemple punitives. Le tonnerre manifeste la réprobation divine, d'où de nombreuses procédures pour s'allier les bienfaits de la nature et de Dieu. Dieu et diable sont partout. Cet état d'esprit est autant individuel que collectif : lors des travaux agricoles, une communauté d'habitants peut commander des messes pour la pluie ou son arrêt, pour la fin des gelées ou d'une trop forte chaleur.
Le peuple est soucieux de gestes et rites salvateurs. Le culte des saints est une des pratiques les plus populaires, en particulier celui des saints guérisseurs. D'autres pratiques sont nettement d'origine païenne, antique ou moyenâgeuse. Si certaines recettes médicales (poudre d'os prise à telle lune…) sont contestées par notre science d'aujourd'hui, d'autres en revanche pouvaient se montrer efficaces. Par exemple, l'utilisation des toiles d'araignées pour soigner les blessures : de récente recherches ont montré qu'elles contiennent de la pénicilline.
Nos ancêtres évoluent dans un autre univers mental, relevant de la pensée magique et ayant sa propre cohérence de fonctionnement, différente de la nôtre.

La question de l'eau – XVIe siècle
Le Pouvoir de l'Eglise est à son comble, l'intolérance religieuse est flagrante. Il faut attendre 1764 pour que Voltaire s'insurge et s'engage publiquement à prouver des erreurs judiciaires commises par l'Eglise. Les archives communales d'Hesdin, Pas-de-Calais, nous livrent un document traitant du procès de Mariette WANTIEZ dite «ALOCQUES», exécutée par le feu «pour crime de sortilège» en date du 8 mai 1612 . Il est très rare par ailleurs de trouver trace de pièces de procès, celles-ci étant brûlées en même-temps que la sorcière.
L'accusée a été condamnée à la «question ordinaire», et dû subir l'application des brodequins – sorte de botte de fer percée de trous dans lesquels le bourreau enfonce des pointes pour briser les os des jambes, ou l'ingestion de l'eau. Si elle avait été soumise à la «question extraordinaire», ses supplices auraient été : l'élongation sur une table spéciale, qui pouvait conduire au déchirement des membres, ou des brûlures au plomb fondu. Mais notre infortunée Mariette, après les tortures subies fait appel de cette condamnation auprès du Conseil d'Artois; elle est conduite à Arras pour y être entendue, et en diverses localités pour y être confrontée à certains témoins. Elle est examinée par un chirurgien qui lui «raze le poil» (sans doute pour découvrir d'éventuelles marques diaboliques sur le corps); reçoit «ung nouveau acoustrement complet», c'est-à-dire des vêtements neufs, preuve qu'elle doit être mal habillée, comme le laisse supposer son surnom «Alocques» (vêtue de loques, déguenillée); après avoir été plusieurs fois torturée par le bourreau d'Arras, elle est finalement exécutée par celui de Saint-Omer. Son corps, est-il précisé, se détache du poteau en brûlant sans être entièrement consumé, de ce fait ses restes sont enterrés à la voirie (cimetière).
Mariette était manifestement une pauvre femme, mendiante de surcroît. Cela explique l'audition de nombreux témoins de divers localité situées en Artois et en Picardie («Pays de France»). On imagine facilement cette mendiante déguenillée parcourant la campagne pour mendier son pain et menaçant de jeter un sort aux villageois qui refusent de lui en donner.
L'accusée a été condamnée à la «question ordinaire», et dû subir l'application des brodequins – sorte de botte de fer percée de trous dans lesquels le bourreau enfonce des pointes pour briser les os des jambes, ou l'ingestion de l'eau. Si elle avait été soumise à la «question extraordinaire», ses supplices auraient été : l'élongation sur une table spéciale, qui pouvait conduire au déchirement des membres, ou des brûlures au plomb fondu. Mais notre infortunée Mariette, après les tortures subies fait appel de cette condamnation auprès du Conseil d'Artois; elle est conduite à Arras pour y être entendue, et en diverses localités pour y être confrontée à certains témoins. Elle est examinée par un chirurgien qui lui «raze le poil» (sans doute pour découvrir d'éventuelles marques diaboliques sur le corps); reçoit «ung nouveau acoustrement complet», c'est-à-dire des vêtements neufs, preuve qu'elle doit être mal habillée, comme le laisse supposer son surnom «Alocques» (vêtue de loques, déguenillée); après avoir été plusieurs fois torturée par le bourreau d'Arras, elle est finalement exécutée par celui de Saint-Omer. Son corps, est-il précisé, se détache du poteau en brûlant sans être entièrement consumé, de ce fait ses restes sont enterrés à la voirie (cimetière). Mariette était manifestement une pauvre femme, mendiante de surcroît. Cela explique l'audition de nombreux témoins de divers localité situées en Artois et en Picardie («Pays de France»). On imagine facilement cette mendiante déguenillée parcourant la campagne pour mendier son pain et menaçant de jeter un sort aux villageois qui refusent de lui en donner.
*****************
Les années de misère.
Les années ne sont hélas, pas toutes semblables. Après des années d'opulence moyennes succèdent des années de misère. Au travers les archives, l'on peut découvrir le taux élevé de mortalité dû aux intempéries qui provoquent la famine dans les campagnes et les villes. Les enfants et les personnes âgées sont les plus touchées. Le taux de mortalité infantile est parfois supérieur à 70 % dans certaines régions. Nous évoquerons dans un chapitre suivant un menu de fête. Il en est un, tout autre, qu'évoque Jean Chapelon en 1691. Ce prêtre a mis en vers la triste litanie des nourritures dont doivent se contenter ses contemporains durant la famine :
Croiriez-vous qu'il y en eut qui, à grands coups de couteau,
Ont disséqué des chiens et des chevaux,
Les ont mangés tout crus et se sont fait une fête
De faire du bouillon avec les os de la tête.
Les gens durant l'hiver n'ont mangé que des raves
Et des topinambours, qui pourrissaient en cave,
De la soupe d'avoine, quelques trognons de chou
Et milles saletés qu'ils trouvaient dehors,
Jusqu'à aller les chercher le long des Furettes*
Et se battre leur soûl pour ronger les os.
Les boyaux des poulets, des dindons, des lapins
Etaient pour la plupart d'agréables morceaux.
* Marché aux bestiaux.
«Voici qu'arrive les troupes pour les quartiers d'hiver… Ils s'en vont chez les paysans, les volent, les dépouillent… Ils mirent l'autre jour un petit enfant à la broche (…)»
Lettre de Mme de Sévigné, extrait.
Triste repas pour un « sans-le-sou ». Mais au fait,
Qui sont ces gueux ?
Quand un paysan ne peut payer ce qu'il doit, il est condamné par un tribunal à être expulsé de sa chaumière. Avec sa famille, il erre de village en village à la recherche de travail et devient un vagabond ou gueux.
S'il ne trouve pas d'emploi comme bûcheron ou ouvrier agricole saisonnier, il essaie de s'installer dans le faubourg le plus pauvre d'une ville; il cherche alors à se louer comme manœuvre ou à pratiquer un «petit métier».
Les vagabonds sont parfois contraints d'abandonner leurs enfants pour les obliger à mendier eux-mêmes leur nourriture. Beaucoup de bébés sont déposés aux portes des églises par des mères qui ne peuvent les élever. (cf : chapitre - lorsque l’enfant grandit)
Les gueux sont pourchassés par les sergents de la maréchaussée; les handicapés, les femmes et les enfants sont enfermés dans des hôpitaux généraux où ils sont souvent contraints à des travaux forcés. Les hommes valides sont condamnés à ramer sur les galères ou obligés de s'engager dans l'armée.
Les gueux parcourent la campagne

Durant ces deux années 1693-1694, près de 1,7 millions de Français trouvent la mort. Autant que durant la première Guerre mondiale mais pour une population deux fois moindre. Les malheureux se jettent dans les champs sur le blé encore vert et le dévorent : il faut instituer un système de surveillance des récoltes. Quand toutes les céréales sont épuisées - le froment, le seigle, l'avoine après le blé -, les pauvres se trouvent réduits à recueillir les glands ou les fougères pour en faire une sorte de pain. Ces «méchantes herbes» achèvent de ruiner la santé de ces malheureux, qui enflent après y avoir eu recours.
Les orties, les coquilles de noix, les troncs de chou, les pépins de raisin moulus n'ont pas meilleur effet. Les bêtes ne sont plus nourries et meurent avant les hommes : les charognes de chiens, de chevaux et «autres animaux crevés» sont consommées en dépit de leur état de pourriture. Des sources mentionnent des cas de suicide et d'autres, plus rares, d'anthropophagie. C'est la grande purge des miséreux que la cherté du pain jette sur les chemins pour y mendier et qui meurent au hasard de leur errance.
Durant tout l'été 1694, la chaleur, qui accélère la putréfaction des milliers de cadavres sur les chemins, est responsable de graves épidémies. La typhoïde, notamment, propagée par l'eau et les aliments souillés, achève ceux qui ont réussi à se nourrir un peu. Les organismes affaiblis, sont moins féconds : la natalité, loin de compenser le nombre de morts, fléchit durant tous ces mois.
D'autres fléaux s'abattront sur le pays, notamment une effroyable épidémie de peste, qui partie de Marseille en juin 1720, traversera le sud du pays causant des milliers de morts. En août 1720, ce sont 500 personnes par jour qui périssent.
La dernière peste d'Occident

Quarante mille morts, simplement à Marseille
Tout à commencé le 20 juin 1720, dans la sombre rue Belle-Table, une pauvre femme du nom de Marie Dauplan s'effondre, une pustule noire au coin de la lèvre. Une mort anonyme parmi beaucoup d'autres. Nul ne songe que vient de tomber la première victime d'une effroyable épidémie. La peste fait son entrée à petit bruit. En juillet les premiers cas se multiplient. Les propos de F.Rebuffat ont été recueillis :
Dès lors on ne trouvait plus d'asile assuré et inutilement faisait-on des pas pour éviter le danger qu'on rencontrait partout; il n'y eu pas d'autre parti à prendre que de crier miséricorde au Seigneur en se préparant à la mort (…). On entendait toutes sortes de plaintes, des douleurs de tête et dans toutes les parties du corps, de cruels vomissements, des tranchées dans le ventre, des chardons brûlants et toutes les autres suites de ce terrible mal.(…)
La plupart des malades étaient obligés de se coucher dans la rue qui, longue de cent-quatre-vingts toises et large de cinq, a été pourtant couverte de malades pendant fort longtemps, et leur nombre en était si grand qu'on ne pouvait sortir des maisons sans leur passer sur le corps.(…) On en voyait tomber par défaillance près du ruisseau et n'avoir pas la force de s'en retirer. D'autres pressés par la soif, s'en approchaient pour y penser et rendaient leur âme au milieu des eaux.(…) Les vapeurs malignes qui sortaient des maisons où il y avait des cadavres pourris, celles qui s'élevaient de toutes les rues pleines de matelas, de couvertures, de linges, de haillons et de toutes sortes d'ordures qui croupissaient depuis quelque temps, l'odeur puante et cadavéreuse des morts et des malades qui remplissaient le pavé donnaient lieu d'appréhender que l'air même ne devienne contagieux.
Dans les registres de Givry en Saône-et-Loire, datant du début de la guerre de Cent ans, on trouve en 1348, date de la terrible épidémie de peste noire qui fait disparaître en quelques mois entre un tiers et la moitié de la population européenne, une liste nominative des décès. En trois mois, on la voit faire enfler démesurément le nombre des décès, passant de 11, en juillet 1348, à 110 en août et 303 en septembre ( soit 592 décès pour une population de 1400 âmes) ! A noter qu'après avoir indiqué de la main 3 décès le 19 novembre, le vicaire s'arrête brutalement de tenir le registre, qui, de ce jour, reste blanc… Comme s'il avait, à son tour, succombé au mal….
La peste est provoquée par un virus dont le rat est porteur sans en être lui-même affecté. Il se transmet à l'homme par un parasite commun aux deux espèces : la puce. La maladie prend deux formes : peste bubonique et peste pulmonaire. Dans la première, des taches noires apparaissent sur le corps au niveau des ganglions et enflent enmême temps que la fièvre monte. La mort ou la guérison survient trois jours après l'apparition des premiers symptômes.
Sous cette forme la maladie est mortelle dans 70 % des cas. La peste pulmonaire s'attaque aux voies respiratoires et est mortelle dans 100 % des cas. C'est sous cette seconde forme qu'elle est la plus contagieuse. Il suffit, en effet, d'inhaler les particules liquides que produit naturellement la respiration du malade pour être contaminé. En bref, le simple fait d'être dans la même pièce qu'une personne atteinte équivaut à une condamnation à mort.
D'autres maladies font des ravages, outre la terrible variole, la diphtérie et le typhus, la dysenterie fauchent les populations. Durant l'été de 1779, tout l'ouest de la France est frappé par une vague de dysenterie qui fait 175 000 morts en quelques semaines. Chaque jour, les parents portent en terre l'un de leurs enfants avant de mourir à leur tour.
Ces même épidémies apparaissent régulièrement; Dans le Loiret, en 1701, près de 25 % de la population de deux villages est décimée. Dans le Nord de la France, ce sont sept membres d'une même famille sur huit qui, en 1751, périssent en l'espace de dix jours. Seule une petite fille survit.
Seule solution à ces terribles fléaux, procréer, encore et toujours afin de repeupler les villes et paroisses décimées.
Mais avant cela il est un passage obligé, les fiançailles suivies du mariage….
*****************
L’histoire du Mariage
Quand les fiançailles valaient mariage.
Un échange de regard au pied d'un escalier… Qui sont-ils ? des amants ? des conjoints ? ou bien simplement… des fiancés ? Les fiançailles, autrefois, ont été en effet largement permissives, pour des raisons qui choquaient les uns et arrangeaient les autres.
Historique.
Les fiançailles qui constituaient une originalité du mariage romain, n'existaient pas dans les autres systèmes de mariage de l'Antiquité. Elles étaient ignorées au haut Moyen Age. Avant le XIIIe siècle, simple accord de volontés, les fiançailles ne requièrent aucune forme. La bénédiction des fiancés n'apparaît en Occident qu'après ce siècle.
La remise d'un anneau à la fiancée, vieille tradition païenne, est conservée par les chrétiens. Les fiançailles sont célébrées par une cérémonie solennelle, soit à la maison, soit à l'église.
Dans tous les milieux sociaux, elles sont, quoiqu'il en soit, tenues pour un engagement sérieux.
Mœurs.
Dans la pratique, les fiançailles permettent de «fleureter», de «mugueter». Les milieux populaires sont fidèles à certains impératifs ou tabous, peu liés au christianisme. L'une des pratiques, consiste notamment à vérifier, avec l'accord des familles, la fécondité du jeune couple, qui est l'une des finalités du mariage. Ce n'est donc pas un inconvénient de cohabiter tout de suite ensemble, de consommer le mariage avant l'accomplissement des formalités définitives.
Aussi, jusqu'au XVIIe siècle, chez les paysans, les fiançailles peuvent être l'occasion de se mettre en ménage sans attendre. Les fiançailles passent pour mariage, lorsqu'elles sont suivies de l'accouplement des parties avec l'affection conjugale, c'est-à-dire avec l'intention de consommer le mariage.
Thomas Sanchez, jésuite espagnol conclut en 1602 «je tiens pour certain que ce n'est pas péché mortel de consommer avant les bénédictions à l'église (…) et je tiens pour probable (…) que ce n'est même pas véniel. Bien plus, je crois que c'est quelquefois un sage conseil de le consommer avant les bénédictions, lorsqu'il y a péril d'incontinence».
La communauté ancienne ne se formalise pas de ces privautés prénuptiales, «maraîchinage» ou autres «cache-cache Nicolas» pouvant aller jusqu'à la cohabitation, encore qu'elle n'ait pas toujours été sexualisée. Lorsque les jeux entre futurs vont trop loin, ils aboutissent à des conceptions prénuptiales, lesquelles, à l'époque classique, sont relativement modérées, allant de 4 à 7 % des conceptions selon les régions. La «faute» apparaît mince à beaucoup, considérée comme un acompte au civil, mais péché mortel au religieux. La morale sociale les tolère cependant, dans la mesure où le mariage vient à temps régulariser la situation, mais l'Eglise, obsédée par l'idée du péché, les refuse.

Le temps des fiançailles, en tout cas, est celui du flirt.
Du flirt autorisé et approuvé :
le temps de la donation des corps…
Réactions de l'Eglise.
Pour toutes ces raisons, l'Eglise n'aime pas les fiançailles et dicte une modification des habitudes anciennes, au détriment des gestes festifs et superstitieux. Elle impose une discipline aux fiançailles qui sentent trop le paganisme et s'efforce de les christianiser le plus possible. Curés, prédicateurs, directeurs de conscience, tonnent dans les paroisses, en chaire, dans les catéchismes, contre ces mauvaises habitudes.
L'Eglise exige que les fiançailles soient dites par le prêtre et en présence de deux témoins. Cette exigence se concrétise par une décret en 1563. Les bans deviennent obligatoires.
Evolution des fiançailles.
Progressivement les évêques déconseillent les longues fiançailles. Ils obtiennent que l'on rapproche leur date, donc celle de la publication des bans de celle de la bénédiction nuptiale. Ce délai accordé de 40 jours, sans prolongation possible, diminuent ainsi les risques de relations entre fiancés avant la conclusion du mariage (péché mortel).
Rupture de fiançailles.
Les fiançailles peuvent être rompues par un consentement réciproque, absence prolongée de trois ans, ou peine infamante. Une rupture est accompagnée d'un accord financier entre les deux familles, sous peine de procès. Mais l'une des difficultés pour les tribunaux ecclésiastiques, reste l'absence de forme officielle de fiançailles. D'où l'intérêt de les rédiger par écrit. Leur rupture entraîne, une faute, un péché, et entraîne la réparation du préjudice subi par l'un des fiancés. De tels procès ne sont pas rares. En cas de rupture de fiançailles, pas question pour le frère ou le cousin du fiancé, de prendre femmes parmi les parentes de la jeune fille d'avec qui il vient de rompre.

Après les vendanges, l'automne est souvent le temps des réjouissances et des flirts, en préparation des mariages d'hiver, célébrés avant le Carême
*****************


Mais avant cela, il y eut ….
Les accordailles.
Le père de Jeannot est venu «en visite» chez celui de Margot. Ils en savent tous deux la raison. Comment aborder le sujet lorsque les paysans, chiches en paroles, préfèrent le geste symbolique à la réponse directe ? Certainement pas par des mots. Le père en acceptant de recevoir la demande en mariage, le montre par des gestes rituels et symboliques, en relation avec le foyer, le ménage ou la nourriture. Il propose un verre de vin, de la viande, de la volaille, il tisonne le feu ou y ajoute une bûche, il offre la meilleure place. Il n'a pas besoin d'exprimer autrement son assentiment. Alors les négociations peuvent être entamées.
L'accord entre les pères peut se faire à l'auberge ou à la ferme, mais toujours autour d'une cruche à vin. Si le père de Margot avait refusé Jeannot pour gendre, la réponse aurait été détournée. Plutôt que de refuser sa fille verbalement, il aurait recouvert de cendres les tisons du foyer, placé un ustensile à l'envers (poêle, marmite, assiette,…), ou offert au prétendant, un mets pauvre comme un œuf ou un verre d'eau.
Le père ayant accepté; la «fréquentation» peut commencer. L'accord est parfois suivi d'une cérémonie, privée ou laïque, appelée les accordailles, auquel le futur époux remet un gage à la jeune fille, souvent une bague.
Le jeune homme, une fois agrée, est autorisé à faire sa cour, ou encore, comme on disait joliment au XIIe siècle à «faire l'amour». Il rend visite à sa future, peut assister, en partie à sa toilette, lui tenir son miroir. La jeune fille est autorisée à sortir à son bras, mais ne doit pas pénétrer dans sa chambre, même s'il est malade.

Boira-t-il, boira-t-il pas ? Deux hommes devant une bouteille et deux verres, une femme en retrait : une mise en scène habituelle et rituelle, où la réponse passera par quelque geste symbolique…
C'est une occasion de se réunir, boire et chanter, surtout dans le peuple. Des entrevues ont lieu, en présence de tiers, lors de veillées et à toutes sortes de retrouvailles communautaires, festives ou laborieuses. Chez les bourgeois, les jeunes gens ne sont autorisés à voir leur fiancées qu'en présence de leur future belle-mère, feignant de s'absorber dans un ouvrage de couture.
Les «futurs» échangent des cadeaux, voire des billets, pour ceux qui savent écrire. Les cadeaux ont valeur d'engagement.
Les archives nous livrent une liste de cadeaux offerts au XVIIe siècle par un fiancé : «une bague d'argent, une paire de boucles de souliers en cuivre argenté montée de diamant cristal, un mouchoir de cou en mousseline, un casaquin de toile de picot de fleurs, une jupe de siamoise à grandes et petites rayures; tous cela était très distingué (…) étant tout dans le nouveau goût».
Ce fiancé n'appartenait certainement pas à la classe paysanne moyenne !
Mais faire la cour à sa belle ne suffit pas. Encore faut-il plaire à toute la famille, rendre visite tout à tour aux oncles et tantes de la future, en commençant par le plus ancien.
L'attente peut être longue…
Le délai entre le moment où un conjoint est choisi, les accordailles, l'officialisation de l'intention du mariage et la publication des bans, dure jusqu'à ce que les futurs puissent s'établir. Plusieurs années parfois, si le couple ne peut, économiquement, disposer de ressources suffisantes pour nourrir une famille.
Le plus souvent, un mariage est inscrit dans la paroisse de naissance de l'épouse, ou bien son lieu de résidence, même si elle n'y est pas née. C'est le lieu de résidence qui est officiellement considéré comme domicile. On acquiert domicile dans une paroisse au bout de six mois, si l'on vient d'une autre paroisse du même diocèse; au bout d'un an, si l'on vient d'un autre diocèse.
Souvent l'épouse quitte le domicile paternel et s'installe chez son nouvel époux.
*****************
Quand se marier ?
Rien n'est choisi au hasard, ni le mois, ni le jour. Il existe un calendrier liturgique du mariage, qui interdit de se marier pendant l'Avent et jusqu'à l'Epiphanie, pendant le Carême et jusqu'à l'Octave de Pâques. L'Avent commence le premier dimanche après le 26 novembre, jusqu'au 6 janvier inclus, soit près de 6 semaines. Le Carême est la période des 40 jours précédant Pâques.
Ces périodes de deuil, de mortifications et d'abstinences ne doivent pas se prêter aux divertissements et il convient d'éviter les réjouissances publiques en temps de pénitence ou d'attente.
Les dispenses ecclésiastiques de mariage sont possibles, pour les catholiques qui auraient «fêté Pâques avant Noël», à condition que les noces soient sans éclat et réjouissance.
Il faut également tenir compte des travaux collectifs. A la campagne, on ne se marie pas pendant les gros travaux d'été, du 15 juillet au 15 août dans les céréaliers, jusqu'en septembre dans les pays de vignobles; même règle dans les grands ports pendant les saisons de pêches lointaines.
Pour des raisons bien différentes, peu de mariage sont célébrés en mai, mois de Vénus; cela porte malheur de concevoir en mai et d'accoucher en février ( temps de carnaval) : un tel enfant est supposé naître fou ou idiot.
En revanche, les mois précédant les périodes interdites, pour des raison religieuses, voient des pics dans la courbe des mariages. Juste avant les longues semaines de jeûne, c'est la «ruée aux autels», avec des maximums en novembre, janvier et février.
Durant ces mois d'hiver, le travail des champs de relâche, les journées sont plus courtes, toutes les conditions sont favorables pour préparer la fête du mariage.
Quel jour pour les noces ?
Le jour de la célébration n'est pas, lui non plus, choisi au hasard. Dimanche et fêtes sont exclus, le curé ayant d'autres messes à célébrer. Vendredi, jour de la mort du Christ, est un jour de deuil et maigre : un repas de noces sans viande serait triste. Le jeudi est également boudé : «Le jeudi ferait les maris cocus», dit-on dans les évangiles. D'ailleurs dans le Berry, une mari trompé est surnommé «Jean Jeudi».
Restent donc trois jours : de fait les études portant sur ce point ont montré la très grande faveur du lundi et du mardi.
Une exception chez les protestants : la bénédiction du mariage est donnée juste après le culte dominical. L'industrialisation du XIXe siècle, imposant des semaines à horaires fixes, généralise progressivement le samedi pour se marier.
*****************
Le jour des noces est arrivé….
Le jour du mariage est déjà, pour nos ancêtres, un jour bien rempli, un jour durant lequel vont se succéder des moments très forts, très ritualisés : du cortège de l'église au coucher de la mariée, tout est codifié.
Veille et avant-veille du jour des noces.
Les jours précédant la cérémonie, toute la communauté s'affaire : repas et toilette occupent une bonne partie de la communauté féminine, alors que le futur «enterre» sa vie de garçon; privant la jeunesse masculine d'un camarade, il doit une compensation, en offrant un bon repas, au cours duquel les plaisanteries grivoises ne manquent pas.
Il reste une formalité non officielle, non économique, non religieuse, à accomplir : s'assurer, discrètement, que le groupe de la jeunesse approuve ledit mariage, autrement dit qu'il n'y aura pas de charivari. Les noces sont l'occasion, pour ce groupe, de s'exprimer en tant que gardien de la coutume. Sans arrêt, il va simuler des tentatives de barrage, symbole de la cohésion de la jeunesse. Par exemple, les jeunes hommes du village se présentent devant la maison de la mariée, s'opposent à son mariage, qui la retranche des partis restant possibles… à moins d'une compensation financière, le droit de pelote.
Parfois, le matin même de la veille des noces, a lieu le rite de la fiancée cachée ou déguisée : lorsque le futur vient au domicile de la future, il doit la retrouver. Autre forme : le matin des noces, le groupe de jeunes vient au domicile de la future et essaie de l'enlever, sauf paiement. En plein cortège, la bande de jeunes gens peut encore se manifester en érigeant une barrière de branchages, de cordes, ou de bottes de paille, pour retarder la noce et exiger un octroi. Après la tentative de rapt monnayée, le cortège peut se mettre en route pour l'église.
Le cortège.
A la campagne, le cortège s'organise selon un ordre traditionnel. Il est toujours mené par un musicien (violoneux, binious, bombardes et sonneurs,…). Les musiciens sont présents à chaque étape du rituel de noce. En effet, leur fonction sociale, lors des épousailles ne se limite pas à faire danser les convives. L'air pour faire pleurer la mariée, l'air de la marche, l'air du rôti, l'air de la quête, etc., accompagnent toutes les étapes de la noce à laquelle ils donnent un sens.
Derrière le violoneux, vient, comme aujourd'hui, la fiancée au bras de son père, puis les parents et les invités. Le fiancé, au bras de sa mère ou de future belle-mère, ferme le cortège.Le cortège.
La robe de mariée.
Le mariage est le jour de gloire de la future épouse. Depuis la veille, sa mère, ses sœurs ou des femmes de son entourage s'affairent autour de sa toilette. Elle porte une robe neuve, aux couleurs vives, où le rouge prédomine, parfois, avec une large ceinture et un tablier, une couronne de fleurs sur la coiffe ou le bonnet. Selon les régions et les époques, la couleur a varié, mais elle est toujours vive. Le tablier est le symbole des travaux domestiques qu'elle aura à assumer.
Au XIXe siècle, la robe de mariée de couleur vive recule devant le noir. L'apparition de la robe blanche se développe au milieu du XIXe siècle, d'abord dans les régions entourant Paris, puis dans les grandes villes et enfin dans les campagnes les plus reculées dans le second quart du XXe siècle.
La robe de mariée sert plusieurs fois, elle est transformée puis portée lors des fêtes et grandes occasions. La mortalité en couche étant très importante, les jeunes femmes sont enterrées dans leur robe de mariée. Sinon, la robe lorsqu'elle est blanche peut également après plusieurs accouchements réussis servir de rideau pour le berceau du bébé.
Les invités se reconnaissent aux vêtements de fête ou aux rubans qui les distinguent du reste de l'assistance. A la messe, tous en «livrée», c'est-à-dire avec de longs rubans de couleurs qui caractérisent les «noçous».
Le jour des noces comprend trois moments forts et symboliques : la cérémonie à l'église, c'est-à-dire l'union des conjoints; puis le repas, qui correspond à l'union des familles; enfin la soirée, qui clôt le rite de passage de l'acceptation symbolique dans le monde des adultes mariés, suivi de la consommation, seconde condition sine qua non, avec les consentements échangés le matin à l'église.
À l'église.
L'essentiel de la cérémonie repose sur l'échange des consentements des époux. Le curé, après avoir bénit les époux ainsi que la bague et les pièces de monnaie offertes par le mari à sa femme, exhorte les nouveaux époux, leur rappelle la sainteté du lien conjugal. Il menace d'excommunication tous ceux qui en voudraient troubler l'usage par les «ligatures», allusion au risque du «nouement de l'aiguillette», expression imagée pour désigner l'impuissance du mari : si à l'instant de la bénédiction, un membre de l'assistance à la messe, faisait intentionnellement un nœud («nouait l'aiguillette»), le couple risquerait d'être stérile. A cette époque, la stérilité est maudite, considérée comme une alliance avec le diable.
Autre croyance, l'époux doit mettre l'anneau au doigt de sa femme d'un seul geste, jusqu'au bout du doigt. Dans le cas contraire, si l'épouse plie le doigt et que la bague s'arrête à l'articulation, c'est elle qui aura le plus d'autorité dans le ménage.
Le tout se fait, au moins, en présence de témoins imposés, au nombre de deux puis au nombre de quatre. Il s'agit de lutter contre les mariages clandestins, qui, sans témoins, pourraient être facilement rompus.
Après le moment des signatures, la cérémonie se termine par des plaisanteries grivoises adressées aux mariés dans l'église. La sortie de la messe est l'occasion d'un rite de fécondité : la distribution aux pauvres d'une poignée de grains ou de piécettes jetées à la volée. A l'origine, les mariés les jetaient sur les célibataires. La tradition est aujourd'hui inversée.
Le festin.
En ville, après la messe, on file au cabaret. Dans les campagnes, le cortège reprend la direction de la maison du père de la mariée, où est prévu le repas des noces, offert par les deux familles. Ce repas, est considéré populairement comme le stade le plus important du scénario nuptial.
Le festin est à la mesure de la richesse des deux familles. Une famille modeste limite le nombre de convives.

Jour de gloire de la mariée, jour de solennisation à l'église ; le jour du mariage est sans nul doute l'un des moments les plus forts et les plus denses de la vie de nos ancêtres.